L’ESPRIT DU FESTIVAL

“La beauté sauvera le monde” disait Dostoïevski dans son roman “L’idiot”.

Le grand reporter Thierry Suzan et le rédacteur chef de Géo Eric Meyer reprennent cette phrase à leur compte pour en faire le titre de leur superbe ouvrage, dont les photos seront exposées en grand format dans la ville.

Nous nous sommes dit que la bonté contribuera aussi à sauver le monde.

Le festival “La beau(on)té sauvera le monde” venait de naître.

Résolument optimiste et positif, notre festival a pour ambition de mettre en avant celles et ceux qui oeuvrent, pour une société plus solidaire dans un monde meilleur et plus durable.

Celles et ceux qui redonnent espoir et agissent pour les générations futures.

Ils seront là pour partager leur expérience, inciter, démontrer, convaincre que chacun d’entre nous peut et doit « faire sa part », pour reprendre l’expression de Pierre Rabhi.

Ils vous présenteront les moyens, leviers, alternatives à notre disposition pour agir localement et individuellement, ou collectivement et à plus grande échelle.

Tables rondes, projections de films suivies de débat, expositions de photos, dédicaces de livres, rencontres avec les associations et ONG, concert, animations de rue… la ville, ses commerçants, ses associations, ses écoliers, ses services vibreront durant trois jours au rythme du festival 

Demandez le programme !

Chers visiteurs de Lagny,

Laissez-moi tout d’abord vous remercier de l’honneur que vous nous faites, à Thierry Suzan et à moi-même, de visiter ce parcours d’exposition « La Beauté Sauvera le Monde ». Par votre présence, vous témoignez de la reconnaissance que vous portez à notre travail, à la marque GEO et plus généralement à la photographie. Je vois beaucoup de festivals photos à travers l’Europe et je voulais vous dire que peu de lieux offrent un espace aussi imposant que celui qui est présenté, ici, à Lagny.

Une phrase me vient à l’esprit, qui a inspiré notre travail, celui de Thierry et le mien. Elle se trouve dans la préface d’un livre, peu connu, d’Albert Camus, « L’Envers et l’Endroit ».

«  Lorsque la pauvreté se conjugue avec cette vie sans ciel ni espoir qu’en arrivant à l’âge d’homme j’ai découverte dans les horribles faubourgs de nos villes, écrit Camus, alors l’injustice dernière, l’injustice la plus révoltante est consommée : il faut tout faire (…), pour que les hommes échappent à la double humiliation de la misère et de la laideur ».

Camus nous dit ici que l’homme a besoin de beauté et de lumière, comme il a besoin de pain et d’eau.

Et voilà qui n’est pas facile dans le monde d’aujourd’hui.

Trop souvent, l’horizon du monde déposé devant nos yeux par les médias notamment est un horizon bouché. Les nations se replient sur elles-mêmes, les frontières se ferment, des murs s’élèvent entre les peuples. Les effets du dérèglement climatique sonnent le tocsin de la planète. La violence surgit à tout moment, médiatisée comme jamais. L’actualité étend chaque jour la liste des pays «risqués». La peur de l’ailleurs et de l’autre gagne du terrain. La plupart des endroits de la planète, dit-on, ont été explorés, conquis, photographiés, filmés. Amundsen, Livingstone, James Cook, Paul-Emile Victor et les pionniers de l’aventure ont rejoint la littérature ancienne. Le moindre village du Kamtchatka est en photo sur Google. La planète est disséquée par les GPS, on «twitte» de partout et le sommet de l’Everest figure au catalogue des tour-opérateurs. Le théâtre de la nature est obstrué par des rideaux de perches à selfies. Et après tout, disent certains, on est si bien en France…

Et voilà autant de notes qui, finalement, composent une musique lassante, celle du désenchantement du monde, celles des météorologues du déclin et des nostalgiques de la décadence. On peut le comprendre. Les ombres projetées sur l’avenir du monde sont réelles, et notre propos, dans le livre, dans cette exposition, n’est pas de les nier, ni de les analyser. Simplement de dire que les discours dominants, et leur fréquente amplification dans les médias, placent devant nos yeux un miroir déformant qui éclipse le visage d’un autre monde.

Un monde magnifique, qui est à portée de regard.
Un monde où les progrès de la santé, de la technique, de l’éducation et de la paix sont trop souvent passés sous silence.
Un monde où le désir de l’ailleurs est infini.
Un monde que nous devons réapprendre à aimer et à admirer, car on ne protège bien que ce que l’on aime et que l’on trouve beau.

 

Eric Meyer
Rédacteur en  chef du magazine GEO